Sebastien Poulain : « Polyradiophonie du futur »

Sebastien Poulain

Sebastien Poulain : « Polyradiophonie du futur »

Présentation de l’auteur :

Dr. Sebastien Poulain est chercheur (docteur du laboratoire MICA de l’Université Bordeaux Montaigne, qualifié en section 71 du CNU) et enseignant (dans les universités Sorbonne Nouvelle, Saint Denis, UCO Angers et UCO Vannes). Il est, par ailleurs, trésorier du GRER (http://radiography.hypotheses.org/), cofondateur de la revue scientifique http://www.radiomorphoses.fr/ ainsi que des blogs https://lesradioslibres.wordpress.com/ et https://radiodufutur.wordpress.com/. Il a co-dirigé avec Thierry Lefebvre Radios libres, 30 ans de FM. La parole libérée ? (L’Harmattan/INA Éditions, 2016).

Sebastien.Poulain@gmail.com https://twitter.com/Seb_Poulain

 

Article :

A priori, ce numéro 132 des Cahiers d’histoire de la radiodiffusion sur la « radio du futur » était inimaginable. Pierre Dac nous a prévenu : « La prévision est difficile surtout lorsqu’elle concerne l’avenir. »[1] Cette entreprise obsessionnelle de tout temps, qui peut nous faire oublier de vivre le présent (d’où l’injonction carpe diem), semble trop aléatoire, météorologique, brumeuse, astrologique… Le futur est « inconnaissable » puisque « connaître » consiste à « naître avec ». Le futur n’est jamais « né », il va « naître ». Il n’« est » pas, il va « être ». La connaissance naît au fur et à mesure que le chercheur observe, analyse, explique, théorise… et donc construit en partie le réel. Un réel qui contient l’ensemble du passé et du présent. Le chercheur traite d’ailleurs du passé, même lorsqu’il essaye d’analyser le présent, mais c’est un passé qu’il contemporanéise grâce à ses instruments scientifiques et de publication pour que nous puissions utiliser les résultats de ses recherches dans le futur.

Le passé – c’est-à-dire l’ex-futur et l’ex-présent – a l’avantage de laisser des traces – toujours plus nombreuses – dans le présent : les écrits, les données numériques[1], les vestiges, les empreintes (écologiques par exemple), la mémoire, les monuments, les enregistrements audio-visuels… Mais en dépit de ces restes irrévocables (parfois fragiles) ou des régularités dans les comportements, les sciences humaines et sociales – contrairement aux sciences mathématiques, physiques, chimiques… – ont toutes les difficultés à établir des lois scientifiques (lois humaines et sociales) à partir des faits passés pour pré-voir (voir avant). Il est si difficile de connaître ce qui « est » et « a été » compte-tenu de la complexité du réel, de sa multiplicité, de la diversité des facteurs susceptibles d’entrer en jeu et du fait qu’il tend à s’éloigner irréversiblement de nous, comment pourrions-nous connaître le futur des humains, qui, d’une part, nécessite de découvrir des lois humaines, d’autre part, est toujours « à venir » et, enfin, ne fait que transiter éventuellement et provisoirement par nos consciences présentes avant de sombrer inéluctablement dans les limbes du passé et de l’oubli.

Néanmoins, les chercheurs parviennent à accumuler, sédimenter, agglomérer, organiser, rationaliser des connaissances grâce à des méthodologies, des hypothèses, des conjectures… Ainsi, ils limitent le champ du possible, de l’improbable, des incertitudes, de l’inconnu, donc de l’inconnaissable. Pré-voir est d’autant plus envisageable que le futur est proche : le futur de la semaine prochaine est plus abordable que celui de l’année prochaine en termes humain, social, économique, politique et même technologique. Mais compte-tenu de l’entreprise titanesque visant à éventuellement prévoir – c’est-à-dire présentifier le futur -, c’est un devoir du chercheur que de rester modeste. La modestie est même une condition sine qua non de la science. Une connaissance a d’ailleurs d’autant plus de valeur et de solidité que ses limites sont connues. D’où les obligations de rigueur, de critique, de doute, de méthode qui sont consubstantiels à la production scientifique pour qui le contexte (les conditions de production des connaissances) est aussi important que le texte (les connaissances).

Si la radio n’aurait pas pu exister sans les technologies qui la portent et qui ont elles-mêmes beaucoup évolué, elle n’aurait pas pu se développer sans les humains pour l’animer. Et si on peut éventuellement prévoir quelques évolutions technologiques car des tendances existent déjà (augmentation de la puissance, de la mémoire, de la miniaturisation, de la vitesse…), c’est encore autre chose que de prévoir leur utilisation. Soyons donc prudent, mais n’ayons pas peur des hypothèses, des idées, voire des espérances (actes peu scientifiques) en priant les lecteurs du futur d’être bienveillants avec les écrits du passé que nous présentons ici à propos d’un futur de la radio de l’ordre des 10 prochaines années maximum[2].

Ce numéro 132 commence, comme souvent, par des Conseils d’administration du Comité d’histoire de la radiodiffusion qui ont lieu tous les mois (sauf en août tout de même !) pour faire état de l’avancement des Cahiers d’histoire de la radiodiffusion et de toutes les activités de l’association. Pierre Wiehn, membre actif du CA, fait régulièrement part de son souhait, d’une part que l’on réfléchisse pour une fois à l’avenir plutôt qu’au passé, et d’autre part que cette réflexion provienne au moins en partie de jeunes auteurs, chercheurs, artistes, programmateurs… Selon lui, cela peut prendre une autre forme qu’un traditionnel numéro des Cahiers d’histoire de la radiodiffusion : un colloque ou une conférence par exemple. L’un n’exclut pas l’autre mais le CHR fait avant tout des Cahiers. C’est sa priorité. Déjà plus de 130 numéros d’ailleurs[3] ! Aucune décision n’est prise de CA en CA. On reste dans l’idée floue d’un possible futur projet… Pierre Wiehn ne semble pas intéressé par l’idée de prendre en charge le numéro ou le colloque. Je le suis davantage, je le dis.

Vient le CA du CHR du 27 octobre 2016. Le projet sur le futur de la radio revient sur le tapis. Et… je propose de m’en charger tout en précisant que je n’aurais rien contre un peu d’aide. La possibilité d’un colloque sur la question n’est pas exclue, mais nous n’en parlons pas car c’est moins urgent. Il s’agira bien, du moins dans un premier temps, d’un Cahier d’histoire de la radiodiffusion. La décision est prise à l’unanimité. Il s’agira du numéro 132. Il s’intitulera « La radio du futur ». Et il sera publié en 2017. Une date qui n’est pas prise au hasard car cette élection présidentielle aura peut-être des effets sur l’avenir de la radio…

Alors qu’on ne se battait pas pour diriger le numéro, la motivation est très grande pour y contribuer. Tout le Conseil d’administration est prêt à mettre la main à la pâte[4] (!) :

 

– Jean-Jacques Ledos a déjà travaillé sur la question des utopies radiophoniques

– Jean-Jacques a aussi quelques archives sur la question qu’il propose de transmettre[5].

– Joëlle Girard peut me mettre en relation avec Pierre Bellanger de Skyrock.

– Jacques Angerie peut éventuellement nous mettre en relation avec Michel Polacco car… c’est son frère et un fidèle adhérent du CHR.

– Pierre Wiehn peut me mettre en relation avec Thomas Baumgartner mais aussi écrire un petit article sur la programmation.

– Anne Briqueler peut me mettre en relation avec Jean-Noël Jeanneney.

– Anne est aussi intéressée par les programmes des candidats et partis politiques pour la présidentielle. Elle pense pouvoir faire un petit article comparatif.

– Jocelyne Tournet-Lammer peut me mettre en relation avec un prospectiviste de l’INA, « L’Atelier de création radiophonique », Dominique Wolton, Jacques Ralite, Jacques Periault (CSI CNRS), François Jost…

– Jocelyne propose aussi de de réfléchir à un article sur le fameux Pierre Schaeffer sur lequel elle a déjà travaillé et publié.

 

Moi-même, j’avais fait quelques petites recherches avant le CA :

 

– Olivier Babeau, professeur en sciences de gestion à l’université de Bordeaux et auteur du rapport « Refonder l’audiovisuel public »[6].

– Dominique Gicquel, entrée à Radio France en 1981 en tant qu’assistante du Directeur de développement et de la prospective[7].

– Des membres de Radio Campus.

– Alexandre Houget, chargé d’étude de la direction prospective de Radio France[8].

– François Desnoyers, nommé en 1982, chargé de mission à la direction du développement et de la prospective de Radio France[9].

– François Le Genissel, membre de l’équipe de création de France-Info, directeur du développement radio du groupe scandinave SBS, directeur général du Groupe Finelco (premier groupe privé de radio en Italie), consultant en management, programmation et marketing radio, qui a été invité par le GRER lors d’un séminaire « Nouvelles formes de radio » le samedi 19 novembre 2016.

– Jean-Marc Dorangeon[10], créateur de la filiale études de RTL, adjoint à la direction des programmes de RTL2 et Fun Radio (1999-2005), délégué à la direction générale en charge des programmes de RTL2 et FunRadio (2005-2007), délégué à la direction des programmes de RTL (2007-2008), directeur adjoint des programmes des radios musicales l France & International (RFM, Virgin Radio) (2009-2010), Advisor Media auprès de Managers de Medias, de New Medias et de l’Entertainment (depuis 2010), directeur des programmes du pôle radios de RTL Belgium (BelRTL, Mint et Radio Contact) (2014-2016), conseiller à la direction générale de RTL Belgium (depuis 2016), qui a aussi été invité lors du séminaire du 19 novembre 2016.

 

Pour des raisons diverses (indisponibilité, pas de prise de contact, grand nombre de propositions d’article…), beaucoup de ces idées n’ont pas abouti. Ce sera pour un futur autre « Radio du futur » ou pour le blog https://radiodufutur.wordpress.com/ qui a été créé à l’occasion et où on peut déjà lire les aventures de ce numéro.

Je pensais aussi forcément à la communauté des chercheurs, mais, comme je l’ai dit plus haut, les scientifiques analysent surtout le présent et le passé. La prospective n’est pas une science, sauf pour la fameuse animatrice de radio Germaine Soleil[11]. L’idée de réfléchir sur le futur aurait pu être rédhibitoire et a pu l’être pour certains.

Toutefois, les chercheurs peuvent faire l’histoire de cette prospective ou analyser les tendances actuelles et pourquoi pas proposer des idées du futur. C’est dans cet esprit qu’a été rédigé un appel à contribution, seul à même de constituer un collectif de recherche à distance via la formulation d’un contexte, d’une inspiration, d’une méthodologie, d’une délimitation, d’objectifs, d’une problématique, de normes…

Voici les questionnements de l’appel à contributions qui a été lancé le 7 décembre 2016 dans la communauté des chercheurs :

 

Comment pensait-on l’avenir de la radio il y a 10 ans, 40 ans, 100 ans ? Que peut-on imaginer aujourd’hui ? Comment imagine-t-on ou imaginait-on la radio dans d’autres pays que la France ? Quelles seront les prochaines postradiomorphoses (les prochaines métamorphoses de la radio à l’ère du numérique) : pré-radiophonie (les fréquences et les programmes annoncés des semaines en avance avec des extraits), post-radiophonie (comptes-rendus d’émissions, gestion des podcasts), péri-radiophonie (coulisses, bibliographie, webographie, biographie des invités et animateurs, présentation des émissions, réseaux sociaux, blogs, forums), synchro-radiophonie (titres des émissions, noms des interprètes et auteurs des chansons, noms des invités et des animateurs, heures de début et de fin des émissions, vidéos, images, photos, diaporama, du tagging (marquage de chanson que l’on aime) ou encore de l’information sur l’actualité, la météo, les sports, la circulation automobile) ? Les radios et webradios vont-elles devenir des sociétés de production sonore avec une diffusion multicanal (avec recommandation individualisée et automatisée grâce aux algorithmes et datas) ou vont-elles se regrouper sur des plateformes de flux ? Est-ce la marque qui va compter le plus ou est-ce le contenu ? Quelle spécificité gardera la radio ? Quels seront ses atouts ? Quelles seront ses faiblesses ? Faut-il sauver la radio alors que l’automobile sans conducteur pourrait faire perdre beaucoup d’auditeurs ? La radio va-t-elle se fondre avec les autres médias sur internet et le téléphone portable du fait de l’apparition croissante de l’image et de la vidéo ? Quelle sera la place de la radio dans le référencement des moteurs de recherche et sur les réseaux sociaux ? La radio peut-elle encore innover techniquement ? Peut-elle innover en termes de services ? Quelle sera la part entre la production de flux linéaire et de stock délinéaire ? Comment adapter la régulation ? Quelles politiques publiques faut-il mettre en place ? Faudra-t-il changer la manière de la financer ? Est-il possible de renouveler son audience en la rajeunissant et comment ? Quelle place doivent-elles donner à l’interactivité et au participatif ? Faut-il que les radios deviennent plus autonomes, indépendantes, objectives et comment ? Un service public radiophonique sera-t-il toujours nécessaire ? Comment les radios commerciales s’adapteront ? Quel doit être la place du tiers secteur ? Comment les métiers vont-ils évoluer (plus de spécialisation ou davantage de profils généralistes ; plus d’informaticiens ou de créatifs) ? Une autre façon de faire de la radio est-elle possible ? Comment inventer de nouveaux programmes (fiction, journalisme, documentaire, théâtre) ? Quelle place donner à la créativité ? Quelle serait la radio idéale ? Des utopies radiophoniques sont-elles possibles ?

 

Deux types d’articles étaient envisagés :

 

Nous souhaitions publier des articles courts grâce à une approche imaginative, subjective, testimoniale, créatrice, revendicatrice, artistique, prospectiviste et futurologique. Nous souhaitions aussi publier des articles scientifiques traditionnels avec des approches historiques, linguistiques, sociologiques, politistes, infocomistes… qui pourraient, par exemple, être des analyses des projets de radios, des projets de programmes, des rapports de prospection, de la façon dont les acteurs de la radio ont imaginé ou imaginent l’avenir la radio…

 

Nous n’avons pas été déçus par les propositions d’articles. Voici une présentation de celles qui sont allées jusqu’au bout du processus de publication.

Dans une première courte partie, il s’agit de revenir dans le passé pour voir comment le futur radiophonique a pu être imaginé.

Jean-Jacques Ledos a repris son article « Utopie, fiction, anticipation : l’action à distance par les ondes »[12] publié à l’origine dans le n°63 des Cahiers d’histoire de la radiodiffusion. Il revient à l’origine de la radio (du concept de radio majoritairement partagé) : la transmission à distance du son. Il recherche chez les philosophes, les écrivains, les scientifiques les plus anciens ce qui a pu préfigurer la radio telle que nous la connaissons aujourd’hui : les ondes (leur composition physique), les outils de diffusion et de réception, l’énergie permettant leur animation… Le mot « téléchromophotophonotétroscope » – peu marketing – évoque à la fois les strates de connaissances techniques et scientifiques qui rendent possibles les objets que nous disposons massivement aujourd’hui chez/sur nous et la proximité fraternelle et compétitive depuis longtemps du média radiophonique et du média télévisuel.

Sebastien Poulain revient sur le travail de prospection opéré par Arno Georges Huth et d’autres acteurs du monde de la radio dans l’ouvrage intitulé La Radiodiffusion, puissance mondiale publié en 1937. 80 ans après la publication, on observe des points communs dans les objectifs que se donnaient à l’époque et que se donnent aujourd’hui les techniciens et industriels quant à l’avenir des nouvelles technologies de l’époque : puissance, miniaturisation, mondialisation… Mais l’approche de la Seconde Guerre Mondiale se fait aussi sentir. La radio y sera davantage une arme de guerre qu’une arme de paix, contrairement aux espérances affichées des « chefs de la radio » de l’époque.

Le troisième article de cette première partie nous amène quelques années plus tard lorsque Pierre Schaeffer écrit, après la guerre, quelques pages sur la radio qui seront publiées bien plus tard, en 1963. Il nous y incite à « redécouvrir, comme si nous l’apercevions pour la première fois, le phénomène radiophonique ». Pour lui, la radio « est, pour l’essentiel, une relation » entre l’auditeur et ce qu’il écoute, de la même façon que le son entendu dans une coquille est le fruit de la relation entre la coquille et la personne qui la met à son oreille. Il s’agit donc de chercher « la formule magique qui nous enchaîne à notre haut-parleur ». Pour Pierre Schaeffer, « la formule magique » consiste avant tout en la diffusion de l’événement en direct car elle distingue la radio des autres médias du passé et contemporains. Mais cette spécificité aboutit à un paradoxe, voire à l’impasse de « l’art radiophonique » : la mise en forme – artistique ou non – des émission fait perdre à la radio son authenticité alors que cet artifice semble pourtant nécessaire. Dans un second texte écrit 5 ans plus tard – en 1949 -, Pierre Schaeffer revient sur l’évolution de la radio, sa professionnalisation, la valorisation de ses métiers, le rôle du Club d’Essai, l’invention d’un « art de foule », l’apparition de la « musique concrète », les effets sur les arts voisins, la généralisation de l’enregistrement, l’arrivée de la stéréophonie et de la télévision, les conséquences sur les programmes et les auditeurs. Après un âge de l’expérimentation et de l’utopie, qui a été une « transition » par rapport à l’invention de la radio, Pierre Schaeffer annonce « l’âge de raison » qui permettra « nouvelles formes de culture et de communication ». La fin du texte nous laisse rétrospectivement penser aux chaines d’information continue, à la radiovision, aux podcasts, à la création radiophonique et aux écoutes collectives.

Remercions Jocelyne Tournet-Lammer, présidente du CHR et spécialiste du sujet[13] d’avoir retrouvé ces textes à la fois rétrospectifs et prospectifs, critiques et optimistes, personnels et prophétiques, nostalgiques et poétiques, techniques et métaphoriques, philosophiques et émouvants. Mais Jocelyne Tournet-Lammer a surtout écrit un texte retraçant les organismes que Pierre Schaeffer a mis en place, sa volonté de transmettre les savoirs et les savoir-faire, ses recherches et expérimentations sur les nouveaux dispositifs et supports, ses interrogations sur son métier, sur les effets de la radio et sur son avenir. Jocelyne Tournet-Lammer contextualise ainsi les articles de Pierre Schaeffer et fait le lien avec les autres articles de ce numéro.

 

Après la première partie focalisée sur le passé qui pense au futur, la deuxième partie est davantage ancrée dans le présent, mais le passé est loin d’être absent. Philippe Caufriez fait d’ailleurs la transition entre les deux temporalités.

Si Philippe Caufriez se focalise sur le cas belge, c’est avec une approche diachronique (les années 1920 et les années 2010, voire 2020) et synchronique (avec des comparaisons européennes) et en s’appuyant sur des archives (des revues) et des statitstiques (d’institituts de sondage). Cela lui permet d’observer les enthousiasmes et les craintes des débuts (du fait de la puissance politique et de ses effets potentiels), les évolutions des moyens de diffusion (AM vers FM, analogique vers digital, ondes vers internet…), de réception, les nouvelles pratiques d’écoute, les freins économiques (notamment pour les radios locales), les différences entre les pays. Malgré le changement de significtion du sigle TSF (Télégraphie sans fil, Téléphonie sans fil, Transmission Sans Fil) et le changement de paradigme dans les années 2000 au sens de modification de son modèle de fonctionnement et de sa représentation du fait de la numérisation, Philippe Caufriez nous fait part d’une forme de constance, de solidité de la médiatisation sonore radiophonique.

Néanmoins, Charlotte Delhalle met en lumière les difficultés auxquelles sont confrontés les professionnels de la radio et de la télévision face au développement d’internet qui pousse vers l’apparition de toujours plus de visuel et d’autres services. Elle observe une hybridation 2.0 : à la fois l’apparition d’une télévision radiophonique (avec des reportages sans apport de l’image recueillie) et d’une radiophonie télévisuelle (avec des caméras dans les studios). Après avoir mis des caméras automatiques dans les studios, la RTBF filme les animateurs radio comme des animateurs télé. Si le travail de Charlotte Delhalle est une étude de cas du 6-8 de la RTBF, cela donne une idée d’une tendance qui se développe un peu partout dans le monde. A défaut d’une convergence, d’une fusion ou d’une « mort des médias traditionnels », ce sont des hybridations qui font leur apparition, selon elle : des « objets médiatiques qui seraient adaptables, non plus à un seul mode de diffusion, mais à plusieurs ». Si cette perméabilité fait perdre les spécificités aux médias traditionnels, cela peut être considéré comme une opportunité car les supports de réception (les écrans connectés) qui permet de mieux s’adapter aux besoins des auditeurs qui ont eux-mêmes des pratiques hybrides : la navigation sur internet via un ordinateur, une tablette ou un smatphone, mais simultanément à l’écoute d’un autre média, télévisuel ou radiophonique[14].

Pour Debora Cristina Lopez, apparaît une rupture progressive avec la programmation en flux et la fugacité qui marquent la radio hertzienne traditionnelle. Debora Cristina Lopez parle d’« audios » qui sont issus de flux radiophoniques ou qui ne sont pas faits pour passer à la radio et qui prennent donc leur autonomie. Elle décrit aussi l’évolution de la radio via ce qu’elle appelle la « radio expansée » ou « radio hypermédiatique » : « Aujourd’hui, la radio parle à ceux qui (seulement) l’écoutent, mais parle aussi à ceux qui l’écoute en la lisant, à ceux qui la voient, à ceux qui la partagent, à ceux qui la commentent et à ceux qui collaborent avec elle. »

Il s’agit aussi d’« audios » dans l’article d’Aline Hartemann qui traite d’Arte Radio qui n’est pas une radio mais qui a joué et qui joue un rôle important dans le monde de la radio spécialisé dans le documentaire appelé habituellement « documentaire radiophonique » et qui est présent sur peu de radios (les radios publiques et associative). Dans ce domaine, Arte Radio a innové à deux niveaux : le niveau technologique en utilisant des podcasts bien avant que les radios s’y mettent avec succès et que d’autres digital natifs apparaissent (BoxSons, Binge Audio…) ; au niveau de la programmation en traitant de façon privilégiée des thématiques telle que l’intimité, les sexualités et l’identité de « manière volontiers iconoclaste ». Mais après ces innovations, comment Arte Radio peut-elle se renouveler compte-tenu des évolutions médiatiques récentes ? Aline Hartemann s’appuie principalement sur un entretien avec Sylvain Gire, co-fondateur d’Arte radio – responsable éditorial et ancien de France Culture – pour répondre à cette question.

Reprendre l’article envoyé par Aline à sylvain

Lacina Kaboré s’appuie sur des interviews de dirigeants de radios communautaires / associatives du Burkina Faso pour soulever des questions programmatiques, juridiques, économiques, politiques, techniques, humaines quant à leur avenir. En effet, s’il est possible de se procurer les plus belles technologies radiophoniques et numériques, encore faut-il pouvoir les financer et les mettre en action. Cela demande du personnel formé, notamment des techniciens pour leur installation et leur maintenance. Or, si les radios continuent de se développer dans ce pays entre sur-régulation (dans le centre du pays) et sous-régulation (à la périphérie), Lacina Kaboré souligne l’importance des coûts pour faire fonctionner. Il s’agit de parvenir à avoir suffisamment de financements pour avoir les moyens techniques et humains d’animer la radio afin d’espérer intéresser les auditeurs. Et d’autres données contextuelles sont à prendre en compte : la concurrence avec les autres radios, les nouvelles générations qui préfèrent les réseaux sociaux, le manque de moyens économiques des auditeurs pour se procurer les nouveaux récepteurs numériques, l’analphabétisme et l’audience très rurale par exemple. Il y aussi les questions sécuritaires qui pèsent sur les radios communautaires / associatives. En effet, le Burkina Faso est en proie à de fréquentes attaques terroristes ce qui pose de graves problèmes pour les stations du Sahel. Les radios sont obligées d’arrêter de diffuser en soirée et surveiller ce qui peut être dit à l’antenne, notamment lors des émissions interactives qui plaisent particulièrement aux auditeurs.

Sebastien Poulain parle aussi des résistances quant à l’appropriation des nouvelles technologies utilisées par les radios et compare ces résistances à celles qui existent par rapport à ce qui est décrit parfois trop vite comme ayant mis fin à la modernité : la « postmodernité ». Celle-ci semble déjà installée pour certains alors qu’on trouve encore aujourd’hui de nombreuses caractéristiques de la modernité, voire de la tradition antérieure de l’ancien régime qui coexistent en France et dans le monde. En ce qui concerne la radiophonie, Sebastien Poulain s’appuie sur la situation française et son évolution à travers les « postradiomorphoses » en donnant l’exemple de la postmoderne et postradiophonique Radio Ici et Maintenant, qui n’a pas eu un succès à la hauteur de son innovation technologique et programmatique, et l’exemple de la Radio Numérique Terrestre que Daniel Werbrouck décrivait en 2004 comme un « flop retentissant » qui « commence à respirer l’obsolescence »[15] mais qui continue d’être un objectif gouvernemental aujourd’hui.

 

En plus de ces articles, et conformément à beaucoup de numéros des Cahiers d’Histoire de la Radiodiffusion, nous avons réalisé quelques entretiens avec trois professionnels de la radio (Jacques Vendroux, Emmanuel Laurentin, Sandrine Treiner, un professionnel-chercheur (Dr. David Christoffel) et un chercheur (Dominique Wolton).

Jacques Vendroux (France Info) pense que, malgré tous les atouts d’internet (pour recherche d’information) et de twitter pour la diffusion d’informations), la radio sera « éternelle » car c’est « le moyen d’information le plus rapide vis-à-vis des auditeurs et vis-à-vis des Français qui veulent absolument savoir ce qui se passe. »

Emmanuel Laurentin, lui aussi grand utilisateur de Twitter, pense « que peut-être qu’il faut imaginer plusieurs futurs à la radio. Un futur qui permettrait le maintien de l’existant, c’est-à-dire des réseaux hertziens, de la façon dont on écoute cette radio dans sa souplesse un peu partout mais aussi dans sa voiture, mais aussi dans sa maison de campagne quand on en a une, mais aussi dans des endroits où on se rend en vacances. Là, c’est la radio traditionnelle qui l’emporterait, mais qui serait moins important que ce que nous avons eu auparavant du fait de l’arrivée des nouveaux moyens de communication. Il y a un deuxième futur lié aux réseaux, à la dématérialisation, lié à des écoutes distantes à la fois dans l’espace et dans le temps. »

Sandrine Treiner, plus radicale, se demande si on parlera encore de « radio » dans le futur. En effet, « il est probable qu’elle ne ressemblera pas du tout à celle d’aujourd’hui. Elle aura des contenus qui passeront par toutes sortes de tuyaux. Probablement pas par les tuyaux d’aujourd’hui. Même pas par quelque chose qui est violet et qui s’appelle France Culture. Peut-être qu’on ne saura même plus si c’est violet ou si c’est France Culture. ».

En tout cas, la radio doit et va continuer à évoluer selon David Christoffel. En effet, « une radio parfaite suppose une intégration complète des missions les unes dans les autres, un brassage constant des savoir-faire et des imaginaires » ce qui n’existe pas dans toutes les radios qui ont encore trop peu le cas. Et pour lui, « La perfection consiste à mettre l’ouverture en priorité. » « C’est en offrant l’accès de son antenne au plus grand nombre que l’on entend ouvrir les frontières de la radiophonie ».

Le renouvellement de la radio peut même aboutir à renverser les cartes et au retour de la radio compte-tenu de l’importance de la voix à la radio qui en fait le média le plus humain et le plus « durable » selon Dominique Wolton : « Certains pensent que la radio est dépassée, mais dans 10 ans, tout le monde dira l’inverse. ».

 

Ce numéro laisse place aussi aux désirs, souhaits, espérances, volontés. Il est d’ailleurs difficile de demander plus en termes de prospection. Si nous ne connaissons pas le futur, nous pouvons espérer certaines évolutions et c’est ce qu’ont fait six auteurs.

Ainsi Louis Bertrand espère la mise en place d’une sorte d’INA associatif où les radios associatives pourraient mettre leurs émissions en podcast. Cela leur donnerait une visibilité plus large et valoriserait ceux qui les réalisent.

Sebastien Poulain fait part d’une idée qui peut être connectée à celle de Louis Bertrand puisqu’il s’agit de mettre en place radio associative nationale. La société civile, le tiers secteur, l’économie sociale et solidaire ne méritent-ils pas d’être renforcés dans cette période où les médias font l’objet d’une grande défiance.

Trop peu de place est faite au public (audiences/auditeurs) de la radio dans les publications sur la radio, y compris dans ce numéro sur la radio du futur. Cette absence est en partie comblée grâce à l’article de Laure Bedin. Cette dernière pense qu’après une longue période d’individualisation des pratiques d’écoute de la radio via le transistor, l’autoradio, le téléphone mobile, l’écoute collective fait son retour grâce aux séances d’écoute collective des créations sonores. Elle explique ce qui l’a mené à s’intéresser à ce sujet et décrit les origines de cette écoute, ses développements récents, le fonctionnement et pourquoi elle pense que cette pratique va continuer à prendre de l’ampleur.

Deux tribunes/articles visent une amélioration des contenus. Michel Bichebois souhaite qu’on revalorise les animateurs qui devraient être considérés comme des « auteurs radiophoniques ». En effet, « Au-delà du langage existe la composition. Une intervention verbale est entrecoupée ou mêlée, mixée en terme technique radiophonique, d’autres éléments sonores : musiques, chansons, texte, sons extérieurs, archives, etc. » Michel Bichebois souhaite des auteurs souples bénéficiant d’une « réelle culture générale ». Certains « seront plus pragmatiques, scientifiques, poètes que d’autres. Ce sera aux directeurs de chaînes de faire leurs choix et leurs dosages. »

Anastasia Choquet, quant à elle, repère plusieurs arguments démontrant le choix stratégique qui consisterait à développer bien davantage la pratique des mix des DJ au sein du service public radiophonique, notamment en s’appuyant sur l’histoire de la musique et de la radio, mais aussi des interviews de professionnels de la radio et des DJ et le très important Cahier des Missions et des Charges de la société Radio France. On connaît la crainte des professionnels de la radio de voir vieillir toujours plus leurs audiences tandis que Radio France a éprouvé toutes les difficultés à mettre en place une radio à destination des jeunes (Radio 7 puis Le Mouv’ puis Mouv’). Il se trouve que les DJ sont des stars internationales avec une large audience, un fort pouvoir de prescription, une audience jeune et une grande partie d’entre eux sont français.

Mais Candice Albarède nous rappelle que la radio est dépendante du droit qui est susceptible de remettre en cause l’existence même des radios de Radio France (voire des radios associatives) car le « Droit international économique de l’Organisation mondiale du commerce et le Droit de l’Union, apparaissent, et ce n’est pas nouveau, comme défavorable au service public. » D’où son souhait – à contre-courant du droit international mais appuyé sur le droit français constitutionnel – d’une « approche pluraliste et qualitative du service public de la radiodiffusion ».

Justement l’article d’Anne Briqueler donne une idée des idées politiques en vogue concernant la future organisation des médias en général et le média radio en particulier. En effet, Anne Briqueler a analysé les programmes de tous les candidats à l’élection présidentielle 2017. Cela donne une idée de ce qui va être fait dans les prochains mois, ce qui aurait pu être fait si les résultats des votes avaient été différents et ce qui pourrait être fait en cas de changement lors de prochaines élections.

Enfin, ce numéro donne une place à deux textes qui ne sont ni descriptif ni prescriptifs mais artistiques.

Après un court paragraphe particulièrement critique et revendicatif où le modèle de la radio associative est vu comme le modèle de la radio du futur, Melissa Plet-Wyckhuyse nous honore de deux nouvelles : « Renato » et « Alpha ». Ces nouvelles ne concernent pas la radio du futur, mais « Alpha » a gagné le concours de nouvelles de Radio Béton qui est une radio associative. Melissa Plet-Wyckhuyse démontre ainsi l’intérêt de voir continuer d’émettre les radios associatives.

Car il y a de quoi s’inquiéter si on le lit le texte d’Irène Omélianenko. Cette dernière nous fait découvrir des « mondes sonores interdits » à travers une nouvelle dystopique qui se projette dans une période où le pire serait arrivé sur terre puisqu’une explosion nucléaire aurait eu lieu et la création radiophonique deviendrait quasiment impossible. Une ode au documentaire radiophonique et un message d’alerte qui sera, espérons-le, entendu.

 

Il y a donc dans ce numéro une diversité :

 

  • des approches (descriptives et compréhensives pour la plupart des articles et prescriptives pour les tribunes, artistiques pour les fictions),
  • des formats de publication (articles traditionnels, tribunes, interviews, fictions),
  • des professions des auteurs (animateurs, producteurs, journalistes, chercheurs, directeurs de radio),
  • de leur âge,
  • de leur sexe (11 femmes, 12 hommes pour 26 articles),
  • de leurs disciplines (histoire, sociologie, sciences de l’information et de la communication),
  • des zones géographiques étudiées (France, Belgique, Brésil, Burkina Faso),
  • des objets d’étude (les pratiques d’écoute, les programmes, les animateurs, les publics et bien sûr les nouvelles technologies radiophoniques)…

 

Le point commun entre la plupart des auteurs est d’avoir fait un effort de rétrospection et de prospection.

Mais malgré tous nos efforts, on peut repérer quelques manques dans ce numéro, même s’il était inimaginable d’être exhaustif. Ainsi, les radios commerciales – qu’elles soient musicales ou généraliste – font l’objet de peu d’attention. Est-ce parce qu’il y a peu de recherches sur le sujet ? Est-ce parce qu’elles suscitent peu d’intérêt ? Est-ce parce qu’elles ne sont pas créatives ? Est-ce parce que les auteurs qui traitent ce sujet le font ailleurs, sur d’autres médias ?

Il existe par exemple un salon de la radio annuel où les personnels des radios commerciales (mais aussi des autres radios) sont très présents. C’est d’ailleurs pour cela que nous y avons organisé un atelier sur la « radio du futur » le mardi 31 janvier 2017 de 14h30 à 15h30 sur invitation de Philippe Chapot. Y étaient invités :

 

  • Véronique Auger, rédactrice en chef d’« Avenue de l’Europe, le mag » diffusé sur France 3,
  • David Christoffel, directeur d’antenne de La Radio Parfaite, correspondant culturel de Radio Télévision Suisse, producteur à Radio France,
  • Mario Fourmy, photographe,
  • Michel Picot, dirigeant de La Fabrique de contenus, présentateur de « Le Business Club de France » (BFM Business Radio).

 

Nous avons abordé de nombreux sujets :

 

  • les réseaux sociaux numériques (quelle utilité ?)
  • les pratiques des jeunes (s’intéressent-ils encore aux médias traditionnels ?)
  • les nouvelles technologiques (comment suivre et se les approprier ?)
  • les évolutions des compétences (les animateurs et journalistes doivent s’adapter aux nouvelles missions et à la numérisation)
  • les journalistes amateurs (quelle concurrence pour les journalistes professionnels ?)
  • la puissance et l’impact des médias (qu’est-ce qui fait qu’un média est important ?)
  • la « réinfosphère » (comment réagir ?)
  • la place de l’émotion (auparavant on insistait davantage sur la neutralité et la rationalité)
  • l’évolution des audiences (la radio va-t-elle perdre son audience au profit des autres médias)
  • les questions de crédibilité et de légitimité (comment les journalistes peuvent redonner de la légitimité à leur parole ?)
  • l’économie de l’attention (beaucoup de médias pour autant d’heures dans la journée)
  • les différents formats et programmes (documentaire, création artistique, information, musique)
  • l’éducation aux médias (qui doit en avoir la responsabilité ? les parents, l’école, les médias, les associations comme le Clemi)
  • les difficultés de financement (une question qui touche tous les médias sans exception)
  • l’indépendance (comment garder une autonomie face aux politiques et aux propriétaires de médias ?)
  • les différents modèles juridico-économiques (public, commercial, associatif)
  • les nouvelles formes d’écoute (binaurales, collectives, artistiques, dans les voitures sans conducteur)…

 

Dans cette discussion enregistrée et mise en ligne[16], la diversité des profils présents a permis d’obtenir d’autres points de vue que ceux exprimés dans ce numéro.

Autre manque dans ce numéro, les articles portant sur le « passé du futur » sont peu nombreux. Est-ce parce que, par définition, les historiens ne s’intéressent pas au futur ? Est-ce parce qu’il y a de moins d’historiens de la radio ? Est-ce parce que peu de personnes ou organismes[17] qui se sont lancées dans de la prospection radiophonique par le passé ? Est-ce parce qu’il y a peu de traces des projets de création de radio, de recrutement, d’achat de technologies ou de programmation ? Est-ce parce qu’on s’intéresse davantage à ce qui est effectivement arrivé plutôt qu’à ce qui aurait pu se produire ?

En revanche, du point de vue de la radio, de ses professionnels mais aussi des chercheurs spécialisés sur ce sujet, il est « rassurant » de voir que tous continuent de se projeter dans celle-ci puisque non seulement ils continuent de l’étudier, mais ils veulent aussi l’améliorer et ne manquent pas d’idées pour cela.

 

Les débats, controverses, idées et recherches lancées dans ce numéro sont à prolonger, continuer, critiquer sur le blog : https://radiodufutur.wordpress.com/.

[1] La production de données est exponentielle : selon IBM, « Chaque jour, nous générons 2,5 trillions d’octets de données. A tel point que 90% des données dans le monde ont été créées au cours des deux dernières années seulement. » (« Définition du Big Data », https://www-01.ibm.com/software/fr/data/bigdata/, consulté le 10 août 2017).

[2] Des think tanks, organisations internationales, industriels, consultants, journalistes, scientifiques… ne prennent pas toujours de telles précautions dans leurs prévisions, prédictions et autres scénarios économiques, écologiques, numériques, technologiques : 1) L’OCDE a récemment tenté de prévoir à l’horizon 2060 les conséquences économiques de la pollution de l’air : « La baisse de la productivité au travail, l’augmentation des dépenses de santé, les pertes dues à la diminution des rendements agricoles (des polluants comme l’ozone sont des oxydants des tissus végétaux) représenteront à l’horizon 2060 une charge équivalant à 1% du Produit intérieur brut (PIB) mondial. » (OCDE, « Les conséquences économiques de la pollution de l’air extérieur », 09 septembre 2016, http://www.keepeek.com/Digital-Asset-Management/oecd/environment/les-consequences-economiques-de-la-pollution-de-l-air-exterieur_9789264262294-fr#.V-jsAIiLTcs#page1) ; 2) Si les émissions de carbone continuent d’augmenter au rythme actuel, 74% de la population mondiale sera exposée à des vagues de chaleur potentiellement mortelles d’ici 2100 selon dix-huit chercheurs (MORA Camilo, DOUSSET Bénédicte, CALDWELL Iain R., POWELL Farrah E., GERONIMO Rollan C., BIELECKI Coral R., COUNSELL Chelsie W. W., DIETRICH Bonnie S.,         JOHNSTON Emily T., LOUIS Leo V., LUCAS Matthew P., MCKENZIE Marie M., SHEA Alessandra G., TSENG Han, GIAMBELLUCA Thomas W., LEON Lisa R., HAWKINS Ed et TRAUERNICHT Clay, « Global risk of deadly heat », Nature Climate Change, 7, 501–506, 2017, http://www.nature.com/nclimate/journal/v7/n7/full/nclimate3322.html) ; 3) Selon cinq chercheurs, l’intelligence artificielle sera plus performante que les humains pour la traduction des langues d’ici à 2024, pour rédiger des essais secondaires d’ici à 2026, pour conduire un camion d’ici à 2027, pour travailler dans le commerce de détail d’ici à 2031, pour écrire un best-seller d’ici à 2049, pour faire de la chirurgie d’ici à 2053, et il y a 50% de chance que cette intelligence artificielle dépasse les humains dans tous les emplois dans 45 ans et d’automatiser tous les emploi dans les 120 ans (GRACE Katja, SALVATIER John, DAFOE Allan, ZHANG Baobao, EVANS Owain, « When Will AI Exceed Human Performance? Evidence from AI Experts », Cornell University Library, 30 mai 2017, https://arxiv.org/pdf/1705.08807.pdf)…

[3] Sur le site internet du CHR (http://cohira.fr/), on peut retrouver la liste des Cahiers (http://cohira.fr/category/cahiers/) et leur index (http://cohira.fr/wp-content/uploads/CHR_INDEX_OUVERT_1_a_127-2.pdf).

[4] J’en profite pour remercier Isabelle Abraham et le CHR (notamment Jocelyne Tournet-Lammer) pour leur aide pour ce numéro.

[5] Dès le lendemain du Conseil d’administration et après que j’aie envoyé dans la nuit une première version d’un appel à communication au sein du CHR, Jean-Jacques Ledos m’envoie une première version de son article (il en enverra bien d’autres au fur et à mesure de ses recherches) et de nombreuses archives sur l’anticipation de la radio du futur. Par exemple, Alph 124C41+ : A Romance of the Year 2660 de Hugo Gernsback (1884 au Luxembourg – 1967 à New York) qui est publié en 1911. Il s’agit d’une chronique de l’an 2660 qui décrit le visiophone, la télévision, le radar et les enregistrements magnétiques. Cette fiction sur le futur de la science – cette science-fiction – nous donne une idée de la façon dont on pensait les médias du futur il y a déjà plus d’un siècle. Nous l’avons mis en ligne : https://radiodufutur.files.wordpress.com/2016/12/gernsback-124c41.pdf

[6] BABEAU Olivier, Refonder l’audiovisuel public, Fondapol, septembre 2016, http://www.fondapol.org/wp-content/uploads/2016/09/087-BABEAU-2016-07-28_2.pdf

[7] « Radio France – Nominations à la direction », radioactu.com, 13 décembre 2005, http://www.radioactu.com/radio-france-nominations-a-la-direction/

[8] https://www.linkedin.com/in/alexandre-houget-a8929a84/?ppe=1

[9][9] « Nominations à la direction générale de Radio France, Patrick Collard et François Desnoyers », le-media.fr, 27/05/2009, http://www.le-media.fr/nominations-a-la-direction-generale-de-radio-france-patrick-collard.html

[10] http://fr.viadeo.com/fr/profile/jean-marc.dorangeon

[11] En réalité, c’est Elizabeth Teissier qui dit être capable de prévoir le futur et qui a le plus flirté avec la science. Elle a même soutenu en 2001 une thèse de doctorat en sociologie intitulée Situation épistémologique de l’astrologie à travers l’ambivalence fascination-rejet dans les sociétés postmodernes qui a produit quelques réactions dans la communauté scientifiques. J’ai consacré un article à cette question : « Retour vers le futur ou l’ascendance radiophonique de Madame Soleil », Radiography, 21 juin 2014, http://radiography.hypotheses.org/1312.

[12] LEDOS Jean-Jacques, « Utopie, fiction, anticipation : l’action à distance par les ondes », Cahiers d’histoire de la radiodiffusion, n°63, janvier-mars 2000

[13] Jocelyne Tournet-Lammer a publié « Pierre Schaeffer et le Service de la recherche de l’ORTF (1960-1974) » (Hermès, n°48, 2007/2, p77-86) ou « Sur les traces de Pierre Schaeffer – Archives 1942-1995 » (n°93, p154-156). Elle a surtout dirigé le Cahier n°107 intitulé « Pierre Schaeffer : la traversée d’un siècle » de janvier-mars 2011 où elle a écrit plusieurs articles.

[14] Il n’est pas possible d’utiliser plusieurs applications d’un téléphone. Et n’y a pas de tuner sur certains Smartphones comme les l’I-Phone.

[15] Le DAB (Digital Audio Broadcasting) « est un flop retentissant en France… depuis son apparition en 1991, aucun consensus n’a pu promouvoir ce type de diffusion qui allie audio et données associées. Et en 2003, la technologie commence à respirer l’obsolescence, notamment au niveau des normes propriétaires et des performances en matière de compression sonore qui appartiennent au Moyen Âge du numérique, face au MP3 et autre MPEG4 AAC+, ce qui rend le D.A.B. fort consommateur de fréquences. Avenir très certain, voire mort annoncée, c’est économiquement certain. Reste la volonté politique… » (WERBROUCK Daniel, « Point de vue : la radiodiffusion de demain, évolution ou révolution », Radiofil Magazine, n°1, mars-avril 2004, p18). Daniel Werbrouck propose « de préparer « l’après-analogique » en essayant de préserver un petit espace pour que nos vieux postes gardent de la voix » et parie sur la radio IP : « Utopie ? Futurisme ? Certainement pas ! Toutes les technologies citées [(Blue Tooth, Wi-fi, GSM, satellite…)] existent et sont déjà déployées (ou en cours de déploiement) pour des usages différents ou connexes à ceux de la radiodiffusion. » (p21) En 2014, soit 10 ans plus tard, le titre de l’ouvrage de Philippe Manach (membre du Comité Territorial de l’Audiovisuel de Paris-Ile de France qui a travaillé pour l’INA, Radio France, 107.7 et RTL) – RNT, la radio de l’année prochaine – Histoires et enjeux 1983-2013 (Editions HF – Collection 1001 Idées, 2014) – en dit long.

[16] https://radiodufutur.wordpress.com/2017/02/01/la-radio-du-futur-au-salon-de-la-radio/ et https://youtu.be/bncFAO3KXfs

[17] Notons l’intéressant rapport de 99 pages de la BBC intitulé BRITISH BOLD CREATIVE. The BBC’s programmes and services in the next Charter (https://downloads.bbc.co.uk/aboutthebbc/reports/pdf/futureofthebbc2015.pdf) publié en septembre 2015 et comportant trois grandes parties : Partie 1 : La BBC aujourd’hui (p10), Partie 2 : Le futur de la BBC (p57), Partie 3 : Financer le futur (p87). Il a été transmis par Jean-Jacques Ledos.

 

Pour lire la suite, c’est ici !

 

Pour citer l’article :

POULAIN Sebastien, « Polyradiophonie du futur », in Sebastien Poulain (sous la direction de), « La radio du futur : du téléchromophotophonotétroscope aux postradiomorphoses », Cahiers d’histoire de la radiodiffusion, n°132, avril-juin 2017, https://radiodufutur.wordpress.com/2017/10/24/sebastien-poulain-polyradiophonie-du-futur/

 

[1] Lire Pierre Dac, mon maître 63 (Le Cherche Midi, Paris, 2013, après avoir été publié chez François Bourin en 1992) de Jacques Pessis, journaliste, écrivain, scénariste, comédien, réalisateur et neveu adoptif de Pierre Dac. Il existe plusieurs recueils de ses pensées.

3 réflexions au sujet de « Sebastien Poulain : « Polyradiophonie du futur » »

  1. A propos de radio et de futur, Sebastien Poulain a été consulté par Léa Capuano pour « La bonne presse de la rubrique astro », épisode 4/4, jeudi 8 septembre 2022, « Série « Astrologie : le charme discret du rideau de fumée », média et astrologie », « LSD, la série documentaire », France Culture, https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/lsd-la-serie-documentaire/la-bonne-presse-de-la-rubrique-astro-1196250

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